J’ai déjà couru quelques semi-marathons mais jamais un marathon entier. Il y a quinze ans, alors que j’étais âgé de 43 ans, je me suis entrainé pour courir mon tout premier marathon. Je vivais alors une vie très différente de maintenant, motivé par des valeurs qui me semblent aujourd’hui tout à fait étrangères, ma vie était chaotique.

En février 2001, je me suis retrouvé hospitalisé à Bourg St Maurice en France. J’étais sérieusement mal en point car personne ne pouvait dire de quel mal j’étais affecté. Une forme d’infection avait détruit mon système immunitaire, mes poumons étaient défaillants et je pouvais à peine respirer. J’étais en train de mourir: une pneumonie bactérienne aiguë était diagnostiquée mais les analyses n’ayant pu révéler de quel type de bactérie il s’agissait, il ne restait plus qu’à m’administrer un cocktail de médicaments dans l’espoir que cela fasse effet.

Quelques jours après mon hospitalisation, j’ai pris soudainement conscience de l’importance de la décision à laquelle je faisais face. Je savais que je pouvais, à tout moment, abandonner le chaos qu’était ma vie et me laisser glisser paisiblement vers la fin. Je dois admettre que ce choix n’était pas sans attrait. L’alternative était d’accepter une perspective différente et de choisir la vie.

Je me rappelle très clairement le moment précis où j’ai choisi de vivre: quand j’ai décidé de laisser derrière moi toutes les attentes qui avaient été placées sur mes épaules et de vivre selon mes convictions. C’est à partir de ce moment précis que j’ai lentement commencé à guérir et que quelque chose dans le cocktail de médicaments a agi sur la bactérie inconnue. L’équipe médicale allait décrire plus tard ma guérison comme miraculeuse.

Durant les années qui ont suivi, avec la dure prise de conscience de la précarité de la vie qu’une telle expérience met en lumière, j’ai reconstruit une existence tout à fait différente. J’avais le désir d’essayer d’avoir un impact positif sur la vie des autres, et tout particulièrement celle des jeunes. Chaque jour je prenais conscience qu’en ayant eu la chance de survivre, j’avais reçu le cadeau ultime, celui qui mérite qu’on le respecte plus que tout autre. Je questionnais mes motivations à tout moment et cela rendait les barrières imaginaires que j’avais construites ainsi que l’égoïsme et l’arrogance de mon ancienne vie d’autant plus répugnants.

Le tournant décisif de cette transition survint le 10 février 2011, presque dix ans après ma maladie, quand une série de coïncidences m’a amené à rencontrer quelqu’un qui allait contribuer à changer ma manière de penser. Richard Moore avait été blessé par une balle en caoutchouc et avait perdu la vue à l’âge de dix ans lors des évènements en Irlande du Nord en 1972. Malgré l’horreur de cette tragédie, Richard Moore n’a jamais ressenti aucune amertume envers le soldat qui l’a blessé. Il reconnait que, malgré son handicap, il a bénéficié d’opportunités que beaucoup d’enfants dans le monde n’ont pas. Reconnaissant pour toutes ces possibilités et conscient de la misère, de la pauvreté et de l’injustice auxquelles beaucoup de jeunes dans le monde sont confrontés, Richard a fondé Children in Crossfire en 1996, une organisation caritative qui imagine un monde où chaque enfant réalise son potentiel.

Dès notre première rencontre Richard m’a montré une approche de la vie très différente où les perceptions et les comportements face au malheur, à l’injustice et à la souffrance deviennent des choix personnels. J’ai alors réalisé que j’avais rencontré quelqu’un de spécial, quelqu’un qui avait une philosophie de la vie qui m’inspirait, me libérait et me transformait. Il est clair que les choix qu’il a faits suite à sa tragédie lui ont permis de vivre une vie riche, heureuse et pleine de sens. J’ai immédiatement compris pourquoi le Dalai Lama faisait référence à Richard comme ‘son héro’. Depuis notre première rencontre, nous n’avons pas cessé de dialoguer et Richard continue, à plus d’un égard, à me guider.

En octobre 2012, mon neveu et filleul Ben, a été victime d’une overdose accidentelle. Sa mort a mis douloureusement en lumière le désespoir et la désillusion que ressentent tant de jeunes. Cette tragédie a mené directement à la création de Secure Base Foundation, non seulement en réponse à la mort de Ben, mais aussi à la réalité des difficultés, de l’isolement que ressentent de nombreux jeunes gens aujourd’hui. Secure Base Foundation est une association caritative dont le but premier est de trouver des moyens d’aider les jeunes à reconnaitre leur valeur et à réaliser leur potentiel.

Ma fille Holly m’a convaincu de participer avec elle en septembre dernier au Great North Run, le plus grand semi-marathon du monde, au profit de RNIB. J’avais déjà participé au Great North Run deux fois avant de tomber malade mais je n’avais jamais autant été conscient de l’incroyable expérience du Great North Run avec un sentiment de faire partie d’un fleuve de compassion formé de plus de 60 000 personnes. J’ai compris que la plupart des participants portaient aussi en eux une histoire extraordinaire et émouvante. Dans cette mer d’humanité, j’ai eu l’intime conviction de devoir faire plus. Cela m’a amené à faire une demande pour participer au London Marathon en soutien au RNIB, cela sans vraiment imaginer que je pouvais être sélectionné. Courir un marathon a toujours été une de mes ambitions. Une ambition que je croyais éteinte avant de moi-même frôler la mort.

Si j’avais couru le Marathon de Londres il y a quinze ans, cela aurait été pour des raisons bien différentes de celles d’aujourd’hui. Je ne peux pas prétendre avoir des motivations uniquement altruistes car si je réussis, je réaliserai ainsi un rêve personnel. Je sais cependant que je ne suis qu’un grain de sable dans tout cela. Je vais courir pour et avec ceux qui sont dans mon cœur et mon esprit. Alors que mon entrainement s’intensifie, je suis de plus en plus conscient de ceux qui vont courir avec moi.

Je vais courir pour et avec des jeunes et avec ceux dont le courage et l’humilité les aident et les inspirent. Je vais courir pour RNIB, pour Richard Moore qui m’a mené vers eux, pour chaque aveugle ou malvoyant qui s’aventure dans le monde chaque jour avec un courage inimaginable. Je vais courir pour tous ceux qui sont associés avec et soutenus par Children in Crossfire.

Secure Base vient en aide à des associations caritatives telles que RNIB, Children in Crossfire, qui ont toutes pour objectif d’aider les jeunes à transformer leur vie de manière positive. Par le biais de Secure Base, je vais également courir pour représenter Solace Foundation dans Orange County, une organisation qui a été créée à la mort de mon neveu Ben et dont l’action a déjà permis de sauver la vie de nombreux jeunes dont la toxicodépendance est plus souvent considérée comme un crime que comme une maladie.
Je vais courir pour Global Dialogues qui regroupe des milliers de jeunes ayant participé à leur concours d’écriture, des millions de gens qui ont été impactés par leurs films et les initiatives d’engagement dans des collectivités locales. Je vais courir pour tous ceux qui souffrent de discrimination et de persécution à cause de leur différence.
Je vais courir pour la fondation Relais de la Mémoire, pour les millions de gens déplacés par les conflits, la persécution et la pauvreté, pour ceux qui n’ont jamais eu le choix de vivre. Je vais courir en particulier pour ceux qui choisissent courageusement de partager leur histoire afin d’aider d’autres jeunes à se construire un meilleur avenir.

Pour mon entrainement, je sais que je trouverai la force et l’inspiration notamment grâce aux deux fondateurs de Relais de la Mémoire, Abel et Yvette Farnoux.
En janvier 1945, Yvette fut envoyée dans une marche de la mort, par un froid extrême, de Birkenau en Allemagne à Sudetenland vers un autre camp de concentration situé en Tchécoslovaquie. Bien qu’elle n’ait jamais su combien de personnes faisaient partie de la marche, elle a appris que la colonne mesurait sept kilomètres. Quand elle est arrivée finalement à la gare pour la dernière étape du voyage, elle ne faisait plus que trois kilomètres de long. Un total de quatre kilomètres de personnes avait péri au cours de la marche. Yvette, qui est décédée en novembre dernier, a souvent décrit l’esprit de camaraderie qui régnait et comment, toutes les 20 minutes, les gens se déplaçaient spontanément du centre plus abrité vers l’extérieur de la colonne qui était battue par les vents froids. Je pense souvent à cela quand je cours.

Lorsqu’on lui demandait comment il avait trouvé la force d’endurer ce qu’il avait vécu en camp de concentration, Abel Farnoux, qui avait survécu au peloton d’exécution cinq jours consécutifs, répondait : « Vous devez vous promettre une chose que vous pouvez faire, donc je me dis que je dois résister aujourd’hui, peut-être même aujourd’hui et demain, et après ça un jour à la fois ». Lorsque je pense à Abel, je sais que je peux toujours courir un pas de plus. Abel m’a aussi transmis une autre leçon : « l’objectif de ma vie n’est pas d’éviter de mourir mais de faire quelque chose, d’agir ».

Les expériences d’Abel et Yvette, et de beaucoup d’autres que j’ai rencontrés, sont pour moi à la fois source d’inspiration et d’humilité. Leur présence m’aide à chaque pas que je fais. Le London Marathon n’est rien en comparaison avec la souffrance endurée par tant de gens au cours de l’histoire et par beaucoup encore aujourd’hui. Je suis bien conscient que j’ai, moi, la possibilité de venir en aide à de nombreux jeunes quand beaucoup ne peuvent pas. Si je choisissais de ne rien faire, de ne pas agir alors que je le peux, quel citoyen de l’humanité cela ferait-il de moi ?

S’il-vous-plait, venez en aide au RNIB, à Secure Base et à tous ceux qui les soutiennent en sponsorisant une personne qui ne devrait pas avoir à en faire partie. Venez nous rejoindre et courir avec nous pour nous aider à changer les choses.

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